top of page
Livres de prière en hébreu

Les notes d'analyse

Géorgie et UE : l’Occident définitivement kidnappé ?

  • Arno Deknuydt
  • 6 févr.
  • 3 min de lecture
B.Ivanishvili au pupitre, venu soutenir une loi d’inspiration russe dans un meeting du Rêve géorigen. La présence d’un drapeau de l’UE dans une démonstration anti-occident est exemplaire de l’aspect retord de la stratégie du parti. Crédit photo :  Jelger Groeneveld, Georgian Dream pro-"foreign agent law" rally, Tbilisi, 29 April 2024.
B.Ivanishvili au pupitre, venu soutenir une loi d’inspiration russe dans un meeting du Rêve géorigen. La présence d’un drapeau de l’UE dans une démonstration anti-occident est exemplaire de l’aspect retord de la stratégie du parti. Crédit photo :  Jelger Groeneveld, Georgian Dream pro-"foreign agent law" rally, Tbilisi, 29 April 2024.

En décembre 2025, le Premier ministre géorgien, Irakli Kobakhidze, a accordé une série d’entretiens à des médias pro-régime dans lesquels il a accablé l’Union européenne. Présentée comme faible et en déclin moral et économique, celle-ci aurait, selon lui, été manipulée par une « bureaucratie » assimilée à la théorie complotiste du « Deep State », l’ayant conduite à s’engager dans la guerre en Ukraine. Ce type de narratif paranoïaque, copié sur la propagande russe, constitue la ligne officielle du parti nationaliste « Rêve géorgien » depuis au moins trois ans. Pourtant, la Géorgie, « perle » du Caucase, a été pendant deux décennies l’un des pays les plus europhiles au monde. Une europhilie longtemps incarnée par le parti… Rêve géorgien.


Enclavée pendant des siècles entre des empires prédateurs — turcs, arabes, perses, mongols —, la Géorgie est soumise à la Russie à partir du XIXᵉ siècle. En 1991, à la chute de l’Union soviétique, le petit pays, faisant à peine la taille de la région Auvergne-Rhône-Alpes, se tourne progressivement vers l’Occident.


Après une décennie chaotique sous le leadership d’Edouard Chevardnadze (dernier ministre des affaires étrangères de l’URSS), en 2003 la “révolution des roses” de Mikheil Saakachvili va placer comme objectif absolu l’intégration euro-atlantique. Malgré d’immenses succès économiques, en 2012, Saakachvili perd les élections dans un pays traumatisé par la défaite de 2008 contre la Russie, et des scandales de violences policières et pénitentiaires perpétrées par l’administration présidentielle.


Le parti vainqueur, Rêve géorgien, est la création de Bidzina Ivanishvili, un oligarque ayant bâti sa fortune en Russie, qui se présente comme une rupture avec la dérive autoritaire du pouvoir et à l’hubris géopolitique de M.Saakachvili. Mais il n'est en aucun cas question de remettre en cause l’intégration euro-atlantique du pays. Se présentant comme un “realpolitik” centriste, B.Ivanishvili veut normaliser la relation avec Moscou, volonté partagée par une grande partie de l’opinion à ce moment.   


Dans la décennie 2012-2021, période “d’âge d’or” du libéralisme géorgien, l’intégration européenne va progresser, accord d'association en 2014, visa avec Schengen en 2017, candidature officielle à l’adhésion en 2023… La position du gouvernement va radicalement se modifier, non pas par rapport aux attentes de l’opinion géorgienne, mais en réaction à la situation en Ukraine. 


En juillet 2021 deux mois après le déploiement de 100 000 soldats russes autour du Donbass, B.Ivanishvili laisse la gay pride de Tbilissi se faire attaquer par des proxies du gouvernement dans une journée qui fera 50 blessés et un mort. À partir de février 2022 (invasion à grande échelle de l’Ukraine), le Rêve géorgien aligne sa communication sur Moscou, attaquant l’Occident et les progressistes, accusés d’être un danger existentiel pour la religion orthodoxe et la paix. La pente anti-occidentale s’intensifie progressivement avec une batterie de lois inspirées du Kremlin, “agents de l’étranger”, LGBT… En 2024 le pays entre en voie de biélorussisation complète avec le trucage des élections et la répression de la société civile et des ONG. Le 28 novembre 2024 le gouvernement annonce mettre “en pause” le processus d’adhésion à l’Union Européenne, réengageant un cycle de protestation et de répression qui s’étale toute l’année 2025. 


B.Ivanishvili, véritable mage de Tbilissi, a donc d’abord tenté de repousser Bruxelles par sa rhétorique conspirationniste et des lois à portée démonstratives (agents de l’étrangers), avant d’employer la force de manière brutale pour arriver à ses fins. La bascule du pays est le résultat d’un homme tout puissant dans son pays, mais soumis à Moscou par le pacte faustien qu’il a contracté en devenant un oligarque dans les années 90. Début 2026 son parti semble avoir stabilisé le pouvoir.


1 commentaire


richter.flora_5q
09 févr.

Un peu simple au mieux, simpliciste au pire. La vision du peuple géorgien est complètement ignorée par l’auteur pour un espèce d’article prêt-à-digérer binaire qui en oublie les luttes internes des ONGs, des autorités publiques (universités en autres) et des pouvoirs politiques (ancien•ne•s président•e•s pour ne mentionner qu’eux). La situation est analysée de manière idéologique (Occident / Russie), en déconsidérant complètement l’aspect pratique et réaliste (Abkhazie et Ossétie du Sud, Azerbaidjan / Arménie, relâche du soutien US…). Un sérieux manque de méthodologie dans cet article qui n’est pas du niveau d’un IEP.

J'aime
image.png
NEGOPOLIS - MANDAT 2025-2026
CELLULE COMMUNICATION - © TOM HÉRIDEL
bottom of page