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Les notes d'analyse

La présidence philippine de l’ASEAN face à l’épreuve de l’adoption d’un Code de Conduite en mer de Chine méridionale

  • Margot Cario
  • 30 janv.
  • 3 min de lecture
Les dirigeants de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) se sont donné le bras, selon le geste emblématique de l'ASEAN, lors de la cérémonie d'ouverture du 30e sommet de l'ASEAN au Centre international de congrès des Philippines, le samedi 29 avril 2017.
Les dirigeants de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) se sont donné le bras, selon le geste emblématique de l'ASEAN, lors de la cérémonie d'ouverture du 30e sommet de l'ASEAN au Centre international de congrès des Philippines, le samedi 29 avril 2017.

Le premier janvier 2026, les Philippines ont assumé la présidence tournante de l’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), une opportunité de façonner l’agenda du bloc à un moment crucial. Le pays s’est ainsi engagé à finaliser le Code de Conduite (COC) en mer de Chine méridionale d’ici la fin de son mandat, un enjeu important pour Manille qui est impliqué dans une dispute territoriale frontale de longue date avec Beijing. 


Les désaccords territoriaux entre les deux pays ont débutés par la prise de contrôle chinoise des récifs Johnson Sud (1988) et Mischief (1994), et se sont envenimés après la prise de Scarborough (2012) où Beijing mène des opérations de poldérisation. Bien que situés dans la zone économique exclusive (ZEE) des Philippines, ces récifs sont revendiqués par la Chine à travers sa ligne des dix traits, héritée du Guomindang, lui permettant de postuler sa souveraineté sur 90% des eaux et formations insulaires de mer de Chine méridionale. Face à cela, les Philippines ont porté l’affaire devant la Cour Permanente d’Arbitrage, dont la décision rendue en 2016 rejette les « droits historiques » prétendus par Pékin et affirme l’absence de base juridique de la ligne des dix traits. Si les Philippines ont adopté une position plus conciliante face aux velléités de Pékin sous le mandat de Rodrigo Duterte (2016-2022), l’élection de Ferdinand Marcos Jr. à la présidence du pays en 2022 a marqué le retour de la dénonciation des incursions territoriales chinoises et un rapprochement stratégique avec les États-Unis.


Dans ce contexte, la présidence Philippines de l’ASEAN place la sécurité maritime en haut de la liste de ses priorités. La finalisation du COC cette année pourrait être compliquée par la réticence chinoise à accorder une victoire politique et symbolique à Manille, son plus véhément challenger régional et grand allié des États-Unis. Toutefois, les Philippines se disent optimistes quant à l’éventualité d’aboutir à un code contraignant d’ici la fin de l’année, après plus de deux décennies de négociations. En effet, les membres de l’ASEAN et la Chine avaient déjà réussi à s’entendre sur un calendrier et des lignes directrices pour accélérer les négociations du COC en 2023, prévoyant une adoption en juillet 2026. De plus, en dépit des profonds désaccords entre les parties sur les zones couvertes par le code et le caractère contraignant de l’accord, un projet de texte avait été finalisé en novembre 2024. 


Si l’adoption du COC est cruciale pour la sécurité maritime régionale, il s’agit aussi d’un enjeu domestique pour les Philippines à seulement deux ans des prochaines élections présidentielles. Depuis l’élection de Ferdinand Marcos Jr., la vice-présidence Sara Duterte, fille du précédent président, s’est imposée comme principale rivale politique. L’alliance formée par les Marcos et les Duterte, deux influentes dynasties politiques philippines, lors des élections présidentielles de 2016 s’est rapidement effondrée, notamment en lien avec leurs positions antagonistes quant à la politique à mener avec la Chine. 


L’adoption du Code de Conduite en mer de Chine méridionale a donc d’importantes implications pour l’ensemble de la région. En plus d’être cruciale pour assurer la cohésion diplomatique des Philippines, la crédibilité de l’ASEAN quant au maintien de l’ordre régional Indopacifique est également en jeu, dans un contexte de divisions internes, de pression chinoise constante et de soutien incertain des États-Unis.

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