Un an de Trump : Le Groenland, un caprice présidentiel
- Tom H.
- 20 janv.
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Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Le Forum économique mondial de Davos s'ouvre cette semaine (19 au 23 janvier 2026) une tension diplomatique singulière, alors que le président américain Donald Trump a intensifié ses pressions pour acquérir le Groenland. Après un échange téléphonique avec le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, le locataire de la Maison-Blanche a annoncé l’organisation d'une réunion entre les « différentes parties » en Suisse pour aborder le sort du territoire autonome danois. Affirmant qu'il n'y a « aucun retour en arrière possible », le président américain présente cette acquisition comme un impératif pour la sécurité nationale et mondiale. Cette ambition, perçue par beaucoup comme une volonté unilatérale, place désormais l'alliance transatlantique devant une épreuve de force dont les enjeux sont tout autant économiques que militaires.
Tout d'abord, la stratégie de pression américaine s'est matérialisée par une menace d'escalade tarifaire ciblant directement ses alliés. Le 17 janvier, Donald Trump a promis d'imposer, dès le 1er février, des droits de douane de 10 % sur les importations en provenance de huit pays européens, dont le Danemark, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Ces taxes pourraient atteindre 25 % dès l'été si aucun accord n'est conclu pour la vente de l'île. En réponse, l'Union européenne envisage d'activer son « instrument anti-coercition » (ACI), une législation conçue pour répondre au chantage économique par des mesures de rétorsion sévères, bien que son déploiement effectif soit considéré comme une option de dernier recours.
Parallèlement, cette crise provoque une instabilité notable sur les marchés financiers internationaux. Les bourses européennes et les contrats à terme de Wall Street ont enregistré des baisses significatives cette semaine, tandis que les investisseurs commencent à délaisser les actifs américains. Le dollar et les bons du Trésor ont chuté, reflétant une inquiétude quant à la pérennité de la relation transatlantique. Si le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a tenté de tempérer la situation à Davos en qualifiant les craintes exprimées de « récit trompeur » ou d’ « hystérie médiatique », le climat d'incertitude pèse lourdement sur des secteurs sensibles comme l'automobile et le luxe.
De plus, l'analyse des motivations présidentielles révèle un raisonnement liant des griefs personnels à des intérêts stratégiques. Donald Trump justifie l'acquisition par la nécessité de protéger l'hémisphère face aux ambitions russes et chinoises en Arctique. Cependant, ses récents messages sur les réseaux sociaux établissent un lien direct entre ses exigences territoriales et sa frustration de ne pas avoir reçu le prix Nobel de la paix, dont il accuse la Norvège de contrôler le comité. Il a également cité la décision du Royaume-Uni de céder la souveraineté des îles Chagos comme une preuve de « grande stupidité » et une raison supplémentaire pour les États-Unis de posséder leurs propres bases stratégiques. Cette approche semble toutefois isolée, puisque 86 % des Américains s'opposeraient à l'usage de la force pour s'emparer du territoire (sondage CBS-YouGov).
En réponse, les alliés européens ont choisi de marquer leur présence sur le terrain militaire par un signal symbolique. Depuis le mercredi 14 janvier, dans le cadre de l'exercice « Arctic Endurance », de petits contingents militaires français, allemands, britanniques et néerlandais rejoignent les forces danoises à Nuuk, la capitale groenlandaise. Bien que limitée, cette mission de reconnaissance vise à démontrer que la sécurité de l'Arctique est une responsabilité partagée au sein de l'OTAN. Interrogé sur l'éventualité d'un usage de la force, le président américain s'est contenté d'un « sans commentaire ».
Enfin, la posture de la Russie vis-à-vis de cette situation, complexifie ses enjeux. Moscou a nié toute intention d'occuper l'île, mais le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a comparé, ce mardi 20 janvier, les revendications américaines sur le Groenland à l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014, arguant que la sécurité nationale servait de justification dans les deux cas. Cette rhétorique, couplée aux critiques d'organisations comme Amnesty International contre la destruction de l'ordre mondial d'après-guerre, souligne la gravité de la crise. Pour l'heure, le Danemark et le Groenland maintiennent que la souveraineté n'est pas négociable, alors que la réunion de Davos s'annonce comme un test sans parallèle pour l'avenir de l'Alliance atlantique.



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