Serbie : Quand les étudiants s’opposent au pouvoir à l’approche des élections

À moins d’une semaine des élections législatives anticipées du 25 octobre 2026, la Serbie traverse une crise politique d’une intensité rare. Le pays s’apprête à voter dans une atmosphère extrêmement tendue, marquée par une polarisation profonde et le deuxième plus fort risque de violences électorales en Europe selon l’indice EVI de la fondation Kofi Annan. Entre la tentation hégémonique du pouvoir et un désir irrépressible de renouveau, ce scrutin s’annonce comme un tournant historique pour l’ancienne république de Yougoslavie.
La fracture actuelle remonte au drame survenu le 1er novembre 2024 à Novi Sad, lorsque l’effondrement tragique de l’auvent de la gare ferroviaire a fait seize morts. Cet évènement provoque une colère populaire d’envergure qui perdure depuis ces dernières années. L’inaction perçue des autorités et le refus initial d’établir clairement les responsabilités ont mis en lumière une corruption systématique et l’impunité du pouvoir.
Pendant dix-huit mois, des vagues massives de contestation ont dénoncé l’autoritarisme du parti progressiste serbe (SNS), au pouvoir depuis 2012. Face à cette pression citoyenne, le président Aleksandar Vučić a démissionné de la présidence en septembre dernier pour se présenter au poste de Premier ministre, provoquant un scrutin anticipé pour tenter de conserver son emprise sur les institutions. Une manœuvre politique qui est jugée très controversée car avant de quitter ses fonctions, Vučić a gracié 49 personnes, dont 23 militants étudiants qu’il qualifiait de « terroristes ». Présenté par le pouvoir comme un geste d’apaisement, cet acte est dénoncé par les étudiants, qui évoquent une démonstration arbitraire visant à neutraliser la contestation.
Les étudiants, meneurs de la contestation, ont rapidement transformé leur indignation en une force politique majeure. Se désignant comme les « Gardiens de la Constitution », ils sortent dans la rue pour défendre l’État de droit, malgré la répression policière, notamment lors de la perquisition du rectorat de l’université de Belgrade par la police criminelle le 31 mars 2026. La saisie des téléphones et ordinateurs du personnel pour faire taire l’institution représentante du savoir a été qualifiée d’opération d’humiliation par le recteur Vladan Dokić. La mobilisation ne s’essouffle pas. Pour contester directement la légitimité du régime, le mouvement s’est structuré autour d’une liste étudiante menée par le professeur Ilija Srdanović, et soutenue par plusieurs partis d’opposition. À l’approche du vote, plusieurs cortèges d’étudiantes traversent la Serbie pour converger vers la capitale le 22 octobre.
Ainsi le scrutin du 25 octobre dépasse largement le cadre d’une simple élection législative. Il s’agit d’un plébiscite sur l’avenir démocratique de la Serbie. Des soupçons de fraude sont émis notamment sur les listes électorales, sur lesquelles figurent plus de 500 000 adresses incomplètes ou imprécises, ou encore sur l’accès restreint au vote de la diaspora. Alors que 106 000 expatriés se sont inscrits, les autorités n’ont ouvert que 93 bureaux de vote dans le monde, excluant près de 30 pays et imposant les mêmes horaires que la Serbie, obligeant les Serbes d’Amérique à voter en pleine nuit. En parallèle, le régime a multiplié les bureaux en Bosnie-Herzégovine où l’électorat est traditionnellement acquis. La contestation portée par la jeunesse souhaite donc une rupture claire avec la politique de Vučić et montrer qu’une alternative davantage démocratique est désormais envisageable.
Auteur(e): Léonie Assier
Date de publication: 19 octobre 2026
Les sources peuvent être fournies sur demande à l’adresse : negopolisnei@gmail.com
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