Un an de Trump : L'intervention américaine au Venezuela, un bourbier géopolitique
- Kacper Winiarczuk
- il y a 6 jours
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Depuis près de deux décennies, le Venezuela cristallise les tensions entre Washington et les gouvernements de gauche latino-américains. L'interventionnisme des États-Unis dans ce pays pétrolier illustre parfaitement les contradictions de la politique étrangère américaine et ses conséquences désastreuses pour les populations locales.
L'acharnement états-unien contre le Venezuela s'explique par plusieurs facteurs stratégiques. D'abord, les réserves pétrolières vénézuéliennes, les plus importantes au monde, aiguisent les appétits. Contrôler ou influencer l'accès à ces ressources représente un enjeu géopolitique majeur pour les US. Ensuite, l'idéologie joue un rôle central. Le projet bolivarien de Chávez, puis de Maduro, défie ouvertement l'hégémonie américaine dans son “arrière-cour” traditionnelle. Le Venezuela est devenu le symbole d'une Amérique latine cherchant à s'émanciper de la tutelle nord-américaine, notamment à travers des alliances avec Cuba, la Russie et la Chine. Enfin, les Américains invoquent la défense de la démocratie et des droits humains, dénonçant l'autoritarisme croissant du régime Maduro, la répression des opposants et la dérive dictatoriale. Un discours humanitaire qui masque mal des intérêts économiques et stratégiques plus prosaïques.
L'intervention américaine ne se limite pas à des déclarations diplomatiques. Elle s'articule autour de sanctions économiques paralysantes, de tentatives de changement de régime et de soutien à l'opposition. Dès l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chávez en 1999, Washington a multiplié les manœuvres pour déstabiliser le régime bolivarien, allant jusqu'à soutenir le coup d'État manqué de 2002. Sous l'administration Trump, les sanctions se sont considérablement durcies, ciblant notamment le secteur pétrolier, colonne vertébrale de l'économie vénézuélienne. Le gouvernement américain a reconnu Juan Guaidó comme président légitime en 2019, créant une situation kafkaïenne avec deux présidents revendiquant le pouvoir.
La communauté internationale s'est profondément divisée sur la question vénézuélienne. L'Union européenne et plusieurs pays latino-américains (Colombie, Brésil, Argentine) ont soutenu la position américaine, reconnaissant Guaidó et imposant leurs propres sanctions. Le Groupe de Lima, créé en 2017, a coordonné cette pression régionale contre Maduro. À l'inverse, la Russie, la Chine, la Turquie, l'Iran et Cuba ont apporté un soutien indéfectible au régime de Caracas. Moscou et Pékin y voient une opportunité de contester l'influence américaine et de sécuriser leurs investissements.Les organisations internationales se sont révélées impuissantes. L'ONU, paralysée par les divisions au Conseil de Sécurité, n'a pu jouer qu'un rôle humanitaire limité. L'OEA (Organisation des États Américains) s'est déchirée sur la question, reflétant les fractures du continent.
Les conséquences de cette politique sont dévastatrices : L'économie vénézuélienne s'est effondrée, avec une hyperinflation atteignant des sommets vertigineux et une contraction du PIB sans précédent. Si la mauvaise gestion du régime Maduro porte une lourde responsabilité, les sanctions américaines ont amplifié la crise humanitaire, privant la population de médicaments, de nourriture et de produits essentiels. Plus de six millions de Vénézuéliens ont fui leur pays, créant la plus importante crise migratoire de l'histoire récente de l'Amérique latine. Cette diaspora déstabilise les pays voisins, particulièrement la Colombie et le Brésil, qui peinent à absorber ces flux massifs.
Paradoxalement, loin d'affaiblir Maduro, l'intervention américaine lui a offert un bouc émissaire idéal. Le discours anti-impérialiste résonne auprès d'une partie de la population et permet au régime de justifier ses échecs économiques. La polarisation s'est accentuée, rendant tout dialogue politique quasi impossible.
Sur le plan géopolitique, Washington a perdu du terrain. La Chine et la Russie ont renforcé leur présence au Venezuela, comblant le vide laissé par les sanctions occidentales. Pékin est devenu le premier créancier du pays, tandis que Moscou fournit un soutien militaire et diplomatique précieux. L'intervention américaine au Venezuela rappelle cruellement l'inefficacité des politiques de la canonnière et du changement de régime forcé. Comme en Irak, en Libye ou en Afghanistan, l'ingérence étrangère a aggravé la situation plutôt que de la résoudre.





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