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Les notes d'analyse

Un an de Trump : la fuite en avant du géant américain ?

  • Gabriel de Mauléon
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture
Le président Donald Trump participe à la cérémonie d'annonce et de signature de la Charte du Conseil pour la paix lors du Forum économique mondial, le jeudi 22 janvier 2026, au Centre des congrès de Davos, en Suisse. (Photo officielle de la Maison Blanche par Daniel Torok)
Le président Donald Trump participe à la cérémonie d'annonce et de signature de la Charte du Conseil pour la paix lors du Forum économique mondial, le jeudi 22 janvier 2026, au Centre des congrès de Davos, en Suisse. (Photo officielle de la Maison Blanche par Daniel Torok)

Le 5 décembre 2023, Donald Trump, alors en course pour la présidence, est dans l’hôtel de ville de Davenport dans l’état de l’Iowa. Dans le lieu converti pour cette soirée en plateau de télévision, une foule rassemblée, des drapeaux américains, les caméras de la chaîne conservatrice Fox News. Sean Hannity, commentateur politique proche du mouvement MAGA, lui demande :


« Sous aucune circonstance, promettez-vous aux Etats-Unis, ce soir, que vous n’abuserez jamais de votre pouvoir pour vous venger de quiconque ? »


D. Trump lui répond alors, sous les applaudissements et les cris de ses partisans :


« A l’exception du premier jour. […] Nous fermons les frontières et nous forons, forons, forons. Après cela, je ne suis plus un dictateur. »


Cet élément de langage, « dictateur le premier jour », sera réutilisé plusieurs fois lors des discours de campagne de Trump. Il a deux qualités principales qui en font un élément important de la communication politique du candidat. Premièrement, il choque. Dans sa tradition des discours et du langage irrévérencieux, Trump multiplie les déclarations destinées à marquer l’opinion publique, à provoquer le débat et l’outrage. Son intervention sera ainsi relayée par tous les médias (de droite comme de gauche), suivant l’adage bien célèbre qu’il « n’existe pas de mauvaise publicité ». Deuxièmement, il fait une promesse à son électorat : à la différence d’un Joe Biden, qualifié de mou, d’ensommeillé, de laxiste, Trump sera, dès le début et notamment sur la question migratoire, un homme d’action. Le 7 janvier 2026, quelques jours seulement après son intervention unilatérale au Venezuela, dans une interview réalisée avec le New York Times, à une question l’interrogeant à propos des limites de ses pouvoirs sur la scène internationale, il répond :« Oui, il y a une seule chose. Ma propre moralité. Mon propre esprit. C’est la seule chose qui peut m’arrêter. »


En deux déclarations, parmi tant d’autres, Trump illustre son rejet du droit et sa volonté de diriger unilatéralement le pouvoir. Rejetant à la fois le droit national et international, Trump s’inscrit dans une forme nouvelle de césarisme. Tout le système de checks and balances, assurant l’équilibre des pouvoirs du régime américain, se retrouve ignoré. Ce mépris affiché du cadre légal et constitutionnel se traduit par la marginalisation du Congrès, impuissant devant un exécutif s’accordant de nouveaux droits et agissant de manière unilatérale. Seule la Cour suprême, acquise à la cause du président car composée de juges conservateurs, représente une limite aux pouvoirs présidentiels. Par ses interventions extérieures, au Venezuela ou en Iran, son retrait de nombreuses organisations internationales, les menaces répétées envers des pays voisins et même contre ses alliés de l’OTAN, Trump n’affiche pas plus de respect à l’ordre international.


Pourtant, c’est bien cet ordre international qui a permis aux Etats-Unis de devenir la superpuissance que l’on connaît. Situés au centre du système des nations, les Etats-Unis conservent leur rôle prépondérant par l’exploitation d’une « rente hégémonique ». La puissance américaine est en effet, telle que la définissait Barrack Obama, un smart power, un pouvoir multiple, utilisant la menace armée et la contrition économique, le droit international, les négociations, l’influence culturelle et scientifique pour assurer la primauté des Etats-Unis sur le reste du monde. L’économie américaine garde son avance technologique par sa capacité à recruter les meilleurs chercheurs internationaux. La prépondérance du dollar et de l’extraterritorialité de son droit ont permis aux Etats-Unis de disposer de moyens de pression économique sans précédent. L’industrie culturelle américaine, ses universités et la galaxie de think tanks et de fondations pro-états-uniens leur permettent d’influencer en profondeur les politiques, perceptions et représentations du reste du monde.


Avec sa politique unilatérale, Donald Trump détruit violemment un ordre duquel les Etats-Unis étaient au centre et bénéficiaient largement. Son mépris des règles établies illustre sa conception du pouvoir, aujourd’hui largement concentré entre ses mains et qui ne saurait pour lui être limité. Médusé, le reste du monde a subi un an d’hyperactivité trumpienne, voyant le centre du monde détruire ce qui l’y avait placé en premier lieu. Du dictateur d’un jour, au chef militaire seulement restreint par sa propre moralité, il n’y a apparemment qu’un an.

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