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Wagner après Prigojine : la métamorphose d'un instrument de puissance russe

Faustine Voltzenlogel
il y a 2 jours
2 min de lecture
Des hommes tiennent un drapeau au logo de Wagner lors d'une manifestation exigeant le départ de l'armée française du Niger, le 2 septembre 2023 ©AFP - AFP
Des hommes tiennent un drapeau au logo de Wagner lors d'une manifestation exigeant le départ de l'armée française du Niger, le 2 septembre 2023 ©AFP - AFP

Trois ans après la mort d’Evgueni Prigojine, Wagner n’a pas disparu. Cette milice paramilitaire était marquée dès sa fondation en 2014 par l’ultranationalisme russe et l’idéologie néonazie de son fondateur militaire Dmitri Outkine. Elle a depuis été absorbée par l’appareil militaire russe et rebaptisée Africa Corps, pour poursuivre ses opérations en Afrique sous le contrôle direct du Kremlin. Derrière ce changement de tutelle, les méthodes et les ambitions demeurent.


La rébellion avortée de Prigojine en juin 2023 avait alors révélé le danger que représentait cette armée parallèle pour le pouvoir russe. Après sa mort, le Kremlin a entrepris de reprendre en main ses combattants et ses activités. Africa Corps avait donc été annoncé en 2024 comme son successeur. Il est rattaché au ministère de la Défense et supervisé par le renseignement militaire (GRU). Les hommes et les réseaux de Wagner, eux, sont toujours présents. Selon le Timbuktu Institute, 70 à 80 % de ses effectifs seraient d’anciens combattants de Wagner. En Ukraine, la milice a pratiquement disparu du front, ses hommes ayant été intégrés à l’armée régulière ou dispersés.


C’est en Afrique que cette continuité est la plus visible. La présence russe s’est consolidée en Centrafrique, au Mali et en Libye, et étendue au Niger, au Soudan ou encore à la Guinée équatoriale. Derrière le discours de coopération militaire et de lutte antiterroriste se dessine un système d’influence fondé sur la protection des régimes, l’accès aux ressources naturelles et l'obtention de relais diplomatiques. En Centrafrique, des experts des Nations unies ont notamment documenté des exécutions sommaires, des tortures et des violences contre des civil.e.s. Au Sahel, l'expansion géographique russe ne s'est pourtant pas traduite par des succès militaires décisifs. Au Mali comme au Burkina Faso, les groupes armés continuent de gagner du terrain.


Le coût humain de ce partenariat est particulièrement alarmant. Dans un rapport publié en septembre 2026, Amnesty International documente au moins 34 civil.e.s tué.e.s dans sept localités maliennes entre juin 2023 et décembre 2025 lors d'opérations impliquant l'armée malienne et Wagner. L'organisation rapporte également des exécutions, des tortures et des violences visant notamment les communautés peules, arabes et touarègues. Ces exactions interrogent directement la nature du modèle sécuritaire promu par Moscou, qui privilégie la survie des pouvoirs en place au détriment de la protection des populations.


La mort de Prigojine n'a donc pas sonné la fin du groupe Wagner, mais elle a poussé sa normalisation au sein de l'appareil d'État russe. En intégrant ses réseaux paramilitaires à sa chaîne de commandement, Moscou conserve un instrument de prédation économique et d'influence géopolitique tout en renforçant son contrôle. Le changement d'enseigne ne saurait effacer les crimes commis ni garantir une quelconque stabilisation. Wagner a changé de nom, mais demeure un groupe armé au service de la puissance russe, dont les populations civiles sont les premières victimes.


Auteur.e : Faustine Voltzenlogel

Date de publication : 4 novembre 2026

Les sources peuvent être fournies sur demande à l’adresse : negopolisnei@gmail.com


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