La victoire des étudiants en Serbie, un nouveau souffle pour la démocratie européenne

Le 25 octobre 2026, la Serbie a tourné une page. Aleksandar Vučić a reconnu sa défaite aux législatives anticipées face à la Liste étudiante, mettant fin à 14 ans de règne de son parti. La participation a atteint son plus haut niveau depuis plus de trois décennies. Né des manifestations après le drame de la gare de Novi Sad, qui avait fait 16 morts en novembre 2024, le mouvement a transformé la rue en majorité parlementaire. La Liste étudiante dispose d’une majorité absolue de près de 140 sièges. Son slogan, “la Serbie ou la mafia”, a fait mouche. La prochaine étape réside dans une présidentielle, que la Constitution impose d’ici le 26 décembre.
Ce scrutin fait écho à un autre séisme, s’agissant de la défaite de Viktor Orbán en Hongrie. Le 12 avril 2026, après 16 ans au pouvoir, il a été battu par le parti Tisza de Péter Magyar, qui a remporté 141 des 199 sièges. V. Orbán était une figure centrale de la droite populiste européenne et un proche allié de Vučić.
Il existe une similitude entre ces deux échecs. En Hongrie, les difficultés économiques et les scandales de corruption ont nourri un large mécontentement. Dans les deux pays, l’opposition s’est rassemblée derrière une seule force, et le dirigeant sortant a reconnu sa défaite dès le soir du scrutin. Magyar a d’ailleurs appelé les vainqueurs serbes pour leur assurer le soutien de la Hongrie. La portée dépasse les deux pays. Orbán bloquait par son veto l’aide à l’Ukraine et les sanctions contre la Russie, et Moscou a perdu son principal allié dans l’UE, et Donald Trump son plus proche allié européen. Après la chute de Vučić, les alliés du Kremlin parmi les dirigeants européens se résument à Robert Fico en Slovaquie.
Ce que l’Europe doit en retenir
Bruxelles a réagi dès le soir du scrutin. Ursula von der Leyen a salué des Serbes venus voter "en nombre record pour façonner l’avenir de leur pays". L’UE se dit prête à soutenir les réformes sur l’État de droit, la liberté des médias et la lutte anticorruption car l'enjeu pour l'UE reste concret. Le recul démocratique menaçait environ 1,5 milliard d’euros d’aides européennes destinées aux pays candidats.
Ce soutien arrive pourtant tard. Pendant des mois, l’UE est restée prudente en octobre 2024, Ursula von der Leyen saluait encore l’engagement de Vučić pour l’État de droit. Il a fallu la répression de septembre 2025 pour que le Parlement européen adopte sa résolution la plus sévère à l'égard de la Serbie. Bruxelles devra aussi régler un dossier délicat. La Serbie reste l’un des rares pays européens à ne pas sanctionner la Russie. Sa compagnie pétrolière NIS était encore, en mai 2026, détenue majoritairement par des intérêts russes.
La leçon dépasse la Serbie. Lors des scrutins précédents, l’OSCE jugeait les élections hongroises bien administrées, mais relevait en Serbie des achats de voix et des irrégularités. L’opposition serbe partait donc avec un handicap plus lourd que Péter Magyar. Que l’alternance l’emporte malgré tout prouve que les régimes hybrides ne sont pas invincibles. Ce résultat devrait résonner au-delà de la Serbie, alors que l’Europe connaît des mobilisations de jeunes et d’étudiants. Ce qui reste encore le plus dur est le fait que la Liste étudiante doit prouver qu’elle sait réformer les institutions qu’elle a combattues. Son succès, ou son échec, dira si la démocratie européenne peut se réinventer depuis ses marges.
Auteur.e : Pham Phuong Anh
Date de publication : 6 novembre 2026
Les sources peuvent être fournies sur demande à l’adresse : negopolisnei@gmail.com
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