Drones navals en Caspienne : indice d’une recomposition stratégique régionale ?
- Albert Michel
- 19 déc. 2025
- 2 min de lecture

Le 20 août 2025, l’Azerbaïdjan a testé pour la première fois des drones navals en mer Caspienne. À première vue, l’événement peut sembler anecdotique : pourquoi déployer des systèmes sans pilote dans un grand lac salé, dépourvu de rivalités navales classiques ? Justement, ce déploiement constitue un signal faible révélateur. La Caspienne n’est pas un simple plan d’eau, elle est un espace stratégique historiquement dominé par la Russie, vital pour l’Azerbaïdjan, et désormais au cœur d’une dynamique de contestation discrète.
Les relations entre Bakou et Moscou demeurent officiellement pragmatiques, mais elles se sont nettement dégradées ces dernières années. Plusieurs incidents expliquent cette tension latente. Déjà, le crash du vol Azerbaijan Airlines 8243 au Kazakhstan le 25 décembre 2024 causé par la défense antiaérienne russe, le meurtre de deux citoyens azerbaïdjanais à Ekaterinbourg par la police russe, ou encore les arrestations de journalistes russes en Azerbaïdjan. Surtout, la guerre du Haut-Karabagh a profondément altéré la position russe dans le Caucase du Sud. En 2020 puis en 2023, l’Azerbaïdjan a mené des opérations éclair qui ont marginalisé la Russie, occupée ailleurs, dans son rôle de gendarme régional. La dégradation récente de la relation diplomatique bilatérale traduit une volonté azerbaïdjanaise d’autonomie stratégique accrue vis-à-vis de Moscou.
C’est en mer Caspienne que cette ambition apparaît le plus clairement. La Russie y conserve une supériorité militaire nette, héritée de l’URSS, avec une flotte structurée autour de la flottille de la Caspienne, dont le quartier général est situé à Astrakhan (NDLR. situé à 100km du littoral), et une base majeure à Makhatchkala (NDLR. Daghestan). Son tonnage global demeure, vraisemblablement, supérieur à celui des autres riverains.
L’Azerbaïdjan adopte, pour sa part, une logique d’ultra-centralisation. Bakou est à la fois le cœur politique, économique et militaire de la Caspienne. La concentration des infrastructures portuaires, navales et industrielles fait de la capitale la véritable cité caspienne. Le déploiement de drones navals (NDLR. drones Salvo produits par Dearsan, armés d'une mitrailleuse de 12,7 mm, d'un lanceur pour quatre ou huit missiles), probablement destinés à la surveillance et à la protection des infrastructures énergétiques offshore, n’a pas tant une valeur stratégique que symbolique. Il s’agit d’affirmer une capacité d’innovation militaire dans un espace historiquement russe, et de signaler une volonté de contestation des équilibres hérités.
Cette posture est indissociable du développement rapide de la BITD azerbaïdjanaise, largement fondé sur des dynamiques exogènes. Les coopérations industrielles avec Ankara, structurées autour de transferts de technologies et d’une logique de co-développement/co-production, ont permis à Bakou de développer des capacités militaires importantes. Cette coopération turco-azerbaïdjanaise, illustrée par le drone Salvo développé par Dearsan (NDLR. entreprise turque), tend également à intégrer les pays turciques d’Asie centrale. Cette intégration turcique s’inscrit dans une ambition de leadership régional et nourrit une concurrence directe avec la Russie autour de la Caspienne.





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