Elections présidentielles au Brésil : un second tour sous l'ombre de Washington

La surprise est générale. Au soir du 4 octobre 2026, le sénateur Flávio Bolsonaro est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle brésilienne avec 47,03 % des suffrages exprimés, devant le président sortant Lula (45,16 %). Un résultat « inattendu », tel que l’exprime ce dernier, qui bouscule le rapport de forces à gauche comme à droite.
Fils de l'ancien président Jair Bolsonaro, condamné à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d'État, Flávio a été désigné par son père pour représenter le camp conservateur. Il l'emporte dans presque toutes les régions, à l'exception du Nordeste, bastion du Parti des travailleurs, tandis que Lula, 80 ans, brigue un quatrième mandat.
Ce score est pourtant indissociable d’un soupçon qui plane sur la campagne : celui d’une ingérence de l’administration Trump. Le 1er octobre, le gouvernement brésilien a demandé l'ouverture d'une enquête sur l'utilisation présumée de fonds publics par l'administration du président états-unien pour promouvoir un « agenda d'extrême droite » au Brésil.
De nombreux éléments nourrissent ces soupçons, à commencer par les liens étroits entre la famille Bolsonaro et le mouvement MAGA de Donald Trump. Installé au Texas depuis mars 2025, Eduardo Bolsonaro, le frère de Flávio, a fait pression sur l’administration Trump pour qu’elle sanctionne la justice brésilienne avant le procès de leur père. Washington a ainsi imposé une surtaxe de 50 % sur les produits brésiliens, retiré les visas de huit juges et sanctionné le juge Alexandre de Moraes.
Malgré les efforts de Lula pour défendre la souveraineté du Brésil, le soutien américain au camp Bolsonaro n’a pas failli. En mai 2026, deux jours après avoir reçu Flávio Bolsonaro au Bureau ovale, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a classé deux organisations criminelles brésiliennes parmi les « organisations terroristes étrangères ». Une décision réclamée par le camp Bolsonaro, qui fait craindre une possible intervention américaine au Brésil.
Cette ingérence s'inscrit dans la logique de la « doctrine Donroe », selon laquelle Washington, de manière plus ou moins insidieuse, revendique une tutelle sur l’Amérique latine. Elle n’est pas sans précédent : des candidatures alignées sur Trump ont déjà triomphé en Colombie, au Chili, au Honduras et au Pérou. Jusqu’ici, le Brésil de Lula faisait figure de résistance, une exception dans la région.
Le 25 octobre, la plus grande démocratie d'Amérique latine tranchera donc entre deux projets, mais aussi sur sa place dans cette recomposition régionale. Si Flávio Bolsonaro part en tête, Lula peut espérer qu'un sursaut de souverainisme mobilise l'électorat face aux pressions étrangères et à la menace du retour d’un gouvernement d’extrême droite.
Auteur.e : Faustine Voltzenlogel
Date de publication : 5 octobre 2026
Les sources peuvent être fournies sur demande à l’adresse : negopolisnei@gmail.com
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