La gouvernance de l'IA au Royaume du Milieu : vers un système multilatéral chinois ?
Dernière mise à jour : 25 sept.

C’est dans un monde où les États-Unis de Trump sont de plus en plus hostiles au système multilatéral que la Chine annonce l’arrivée d’un nouveau système de gouvernance multilatéral de l’IA. Le rival des États-Unis continue à renforcer son influence sur le système onusien, non seulement en ne respectant pas les règles existantes, mais aussi en créant de nouvelles règles et institutions multilatérales selon la vision du monde du Royaume du Milieu.
Le «World AI Conference», ou simplement WAIC, est une conférence annuelle sur l’IA organisée à Shanghai depuis 2018. La conférence rassemble des spécialistes, chercheurs et entreprises qui participent aux expositions, forums et tables rondes pour discuter le futur de l’IA. Pour souligner l’importance que le gouvernement chinois accorde à l’IA, le président Xi Jinping lui-même a fait un discours lors de la WAIC en juillet 2026 qui définissait clairement les priorités chinoises dans le développement de cette technologie.
Dans son discours, le président chinois mettait l’accent sur la gouvernance de l’IA, faisant référence à l’idée d’établir des "règles du jeu" pour son dévéloppement qui s’appliquent à l’ensemble des acteurs globaux. Il a notamment précisé que la politique de gouvernance de l’IA chinoise est ancrée dans le cadre multilatéral onusien, et a appelé à reconnaître le rôle important de l’ONU. Le discours du leader chinois a également laissé entendre que la Chine va continuer sa politique de développement dans le Sud global en développant des centres internationaux de coopération en matière d’applications de l’intelligence artificielle avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, la Ligue des États arabes, l’Union africaine, la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes, l’Organisation de coopération de Shanghai et les BRICS. Enfin, la remarque la plus importante était certainement l’annonce de la création du « World Artificial Intelligence Cooperation », connu sous l’acronyme WAICO.
Même s’il n’existe que très peu d’informations concrètes concernant WAICO, il y a néanmoins des indications sur les objectifs et priorités du projet. Premièrement, les 29 pays signataires sont tous issus du Sud global et aucun pays du G7 n’en fait partie. Parmi les autres signataires figurent la Russie, la Malaisie, le Kenya, le Pakistan et la Serbie. Deuxièmement, la WAICO est une organisation internationale intergouvernementale dont le siège est établi à Shanghai, et s’engage à respecter la Charte des Nations unies. Enfin, l’organisation se concentre sur la coopération internationale et la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle.
Et c’est justement ce focus constant sur le multilatéralisme et le rôle de l’ONU qui est intéressant. Dans un contexte où les États-Unis ont fortement réduit leur engagement dans l’ONU et semblent privilégier le hard power unilatéral, la Chine a décidé de mettre l’accent encore plus sur la coopération multilatérale. Si les États-Unis d'Amérique ne sont pas présents pour prendre le leadership dans la création de la gouvernance globale de l’IA, cela pourrait potentiellement laisser à la Chine suffisamment d’espace pour devenir un État qui non seulement suit les règles multilatérales, mais les façonne de la même manière que les États Unis l’avaient fait après la Seconde Guerre mondiale.
Auteur.e : Benjamin Faarvang
Date de publication : 23 septembre 2026
Les sources peuvent être fournies sur demande à l’adresse : negopolisnei@gmail.com
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