Résister par la culture, une lutte géorgienne
Dernière mise à jour : 28 sept.

Le 24 septembre 2026, l’Assemblée nationale a accueilli le colloque « Résister par la culture, une lutte géorgienne », organisé par le groupe d’amitié France-Géorgie.
Depuis les élections législatives de 2024, la Géorgie connaît une dégradation conséquente de ses institutions démocratiques (Gallais, 2025). Après avoir introduit sa demande d’adhésion à l’Union européenne en décembre 2022, le pays célébrait l'obtention de son statut de candidat le 14 décembre 2023. Dans les rues, des milliers de drapeaux géorgiens et européens : ce projet d’intégration bénéficie du soutien de plus de 80 % de la population (selon les sondages Eurobaromètres). Le 26 octobre 2024, le parti au pouvoir, le « Rêve Géorgien », remporte la majorité aux élections législatives. Ce scrutin, qualifié de frauduleux selon les observateurs internationaux de l’OSCE, lui permet d’obtenir 53,93 % des voix.
Salomé Zourabichvili, cinquième présidente de la Géorgie, a ouvert les échanges du colloque en dressant le constat d’un rétrécissement démocratique en Géorgie, où « tout est criminalisé : simplement être debout sur les trottoirs, des opinions émises sur Facebook ». Elle a notamment dénoncé le démantèlement des institutions, la corruption croissante et des lois prises les unes après les autres pour tuer cet espoir démocratique.
À travers cette note, nous reviendrons sur les deux tables rondes en nous appuyant sur les discours des différents intervenants.
Table ronde n°1 : Les atteintes à la démocratie depuis les élections d’octobre 2024
Nathalie Loiseau, eurodéputée, a surveillé et assisté aux élections d’octobre 2024, qu’elle qualifia d’« élections volées ». Elle explique que ce qu’elle a vu en Géorgie, elle ne l’avait « jamais vu nulle part ailleurs, c’était un festival de fraude, le pire a été utilisé par le Rêve géorgien, je ne pensais pas voir un président de bureau de vote bourrer les urnes, ou voir un journaliste indépendant se prendre un coca dans l’œil ». Elle évoqua son regret face à l’absence de réactions immédiates de l’Union européenne et de sanctions, estimant qu’ils ne pouvaient pas faire comme si de rien n’était.
Thorniké Gordadzé, professeur à Sciences Po Paris, est revenu sur la question de la proximité du Rêve géorgien avec la Russie, estimant que « tout plaide en faveur de cette connivence entre Russie et Géorgie ». Il a parlé de cette tentative de la part du gouvernement de décrédibiliser l’Union européenne pour redonner de la crédibilité à la Russie.
Enfin, Eka Gigauri, directrice exécutive de Transparency International Georgia, décrit une corruption « devenue système de gouvernance », qui contribue à servir les intérêts de la Russie et à affaiblir l’État. Selon elle, « il ne reste pratiquement plus aucune institution capable de s’opposer au Rêve géorgien et à son fondateur ». Elle décrit un Parlement qui ne contrôle plus le gouvernement, un parquet qui n’enquête plus efficacement sur les crimes et abus et une Cour constitutionnelle qui elle-même a été capturée, alors qu’elle devrait défendre le pluralisme politique.
Table ronde n°2 : La culture comme outil de résistance
Lors de la seconde table ronde, Nana Ekvtimishvili, écrivaine et réalisatrice géorgienne, décrit le démantèlement progressif des institutions culturelles : « à partir de 2023, toutes les institutions majeures qui supportaient l’art ont été supprimées ». Selon elle, l’État a écarté de ces organisations les cadres qui avaient un regard critique et pro-européen de la Géorgie, un phénomène également présent dans les sciences, le théâtre et la musique. Or, « la littérature, le cinéma, les universités sont des espaces où nous pouvons nous demander “qui sommes-nous”, “quelle est notre histoire”, “comment en sommes-nous arrivés là”, “de quoi nous souvenons-nous”, “à quoi avons-nous droit”, “que ne céderons-nous pas ?” ». Elle explique que les institutions culturelles ont ainsi été transformées en mécanismes de propagande du régime.
Depuis 2023, plus de 450 professionnels du cinéma ont déclaré le boycott, refusant les financements étatiques et la participation aux événements financés par le régime. Les différentes interventions, notamment celles d’Irma Inaridze, Guillaume Gallienne, Aline Le Bail-Kremer et Dominique Sopo, ont enfin prolongé cette réflexion autour de la résistance par la culture.
Pour conclure cette note, vous pouvez retrouver ci-dessous un extrait de la lettre d’Elene Khoshtaria, résistante condamnée à 18 mois de prison ferme :
« Je vous écris depuis la prison que je ne suis pas abattu. Au contraire, je suis fier d’avoir le privilège de me battre pour la liberté et les valeurs européennes, même au prix de l’incarcération. » - Elene Khoshtaria, 17 septembre 2026.
Auteur.e : Constance Bodin
Date de publication : 27 septembre 2026
Les sources peuvent être fournies sur demande à l’adresse : negopolisnei@gmail.com
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